À retenir
- Dans de nombreuses tendinopathies, adapter les activités et progresser dans les exercices est préférable à un repos strict prolongé.
- Ces conseils dépendent du tendon et du diagnostic, et ne s’appliquent pas automatiquement à une douleur brutale ou traumatique. Un soulagement ne signifie pas que toutes les capacités sont revenues.
Une douleur au tendon d’Achille, au coude ou à l’épaule peut vite conduire à une décision : arrêter toute activité jusqu’à ce qu’elle disparaisse.
Le repos peut effectivement calmer les symptômes. Mais si la douleur revient dès la reprise, une question se pose : a-t-on retrouvé la capacité à supporter l’effort ?
Dans de nombreuses tendinopathies, la prise en charge repose sur une adaptation des activités et des exercices progressifs. Une interruption temporaire de certains gestes peut être nécessaire, sans pour autant imposer l’arrêt de tout mouvement.
Comprendre ce qu’est une tendinopathie
Les tendons transmettent la force des muscles aux os. Ils sont sollicités lorsque nous marchons, courons, portons un objet ou effectuons des gestes répétitifs.
Le terme « tendinopathie » décrit généralement une douleur tendineuse associée à une diminution de la fonction, notamment pendant les activités qui sollicitent le tendon.
La situation ne se résume pas à un tendon « enflammé » ou « usé ». Des modifications de sa structure peuvent exister, mais elles ne suffisent pas, à elles seules, à expliquer la douleur ou à prévoir l’évolution.
Pour la tendinopathie d’Achille, par exemple, le diagnostic repose principalement sur les symptômes et l’examen clinique. L’imagerie peut être utile dans certaines situations, sans être systématiquement nécessaire. [1]
Pourquoi le repos seul ne suffit-il pas toujours ?
Réduire les sollicitations peut diminuer la douleur, particulièrement lors d’une période d’aggravation. Cela peut être une première étape utile.
Mais attendre sans préparer la reprise ne permet pas nécessairement de retrouver les capacités requises pour courir, sauter ou travailler. Après une longue interruption, reprendre directement au niveau antérieur peut être difficile.
Les recommandations de 2024 concernant la tendinopathie de la partie moyenne du tendon d’Achille déconseillent ainsi le repos complet et encouragent la poursuite d’activités adaptées à la tolérance. Cette recommandation concerne une situation précise : elle ne remplace pas l’évaluation d’une douleur récente, traumatique ou inhabituelle. [2]
Adapter l’activité : que signifie concrètement le « repos relatif » ?
Le repos relatif consiste à réduire temporairement ce qui entretient les symptômes, tout en conservant les activités supportables.
Selon le tendon concerné, cela peut vouloir dire :
- diminuer la durée ou la fréquence des séances ;
- mettre temporairement de côté les sprints, les sauts ou les charges importantes ;
- modifier l’amplitude d’un mouvement ;
- répartir autrement les tâches répétitives au travail ;
- remplacer une activité irritante par une autre mieux tolérée.
Une activité alternative n’est utile que si elle convient à votre situation. Le vélo, par exemple, peut être confortable pour une personne et réveiller les symptômes d’une autre.
Pour les tendinopathies d’Achille, les recommandations associent cette gestion des sollicitations à une réintroduction progressive des activités et au renforcement. [1]
Le renforcement : reconstruire la capacité à l’effort
Les exercices contre résistance occupent une place importante dans la prise en charge de nombreuses tendinopathies. Leur objectif est d’améliorer la force et la tolérance aux contraintes nécessaires au quotidien ou au sport.
Le programme peut comprendre des contractions maintenues, des mouvements lents avec résistance, puis des gestes plus rapides ou plus spécifiques à l’activité.
Il n’existe toutefois pas un exercice universel ni une succession obligatoire valable pour tous. Le choix dépend du tendon, de la douleur, des capacités et des objectifs.
Une revue regroupant 110 études souligne l’importance du dosage : la résistance utilisée et le temps de récupération entre les séances comptent. Faire davantage d’exercices, plus souvent, n’est pas automatiquement plus efficace. Une progression peut être nécessaire avant de supporter des charges plus importantes. [3]
Peut-on faire les exercices avec une douleur ?
Dans certains programmes, un inconfort limité peut être accepté. Mais il n’est pas nécessaire de provoquer de la douleur pour que l’exercice soit utile.
La tolérance se juge aussi après la séance et le lendemain :
- les symptômes reviennent-ils à leur niveau habituel ?
- la raideur matinale augmente-t-elle nettement ?
- les gestes du quotidien deviennent-ils plus difficiles ?
- la douleur s’accumule-t-elle au fil des séances ?
Une aggravation nette ou durable invite à revoir la dose d’exercice : résistance, répétitions, amplitude ou fréquence.
Le seuil acceptable se définit avec le professionnel qui vous accompagne. La douleur fournit une information utile, mais elle ne constitue pas à elle seule une mesure des dommages du tendon.
Faut-il étirer le tendon ?
Les étirements ne sont pas systématiquement nécessaires. Ils peuvent être utiles dans certaines situations, mais une amplitude trop importante peut aussi accentuer les symptômes.
Par exemple, une douleur d’Achille située à son attache sur le talon ne se travaille pas toujours comme une douleur située plus haut. Pour une atteinte de l’insertion, les recommandations proposent notamment de débuter les exercices sur une surface plane, afin de limiter certaines contraintes. [1]
Cela illustre l’intérêt d’un programme individualisé plutôt que de reproduire automatiquement un exercice trouvé en ligne.
Quelle place pour les autres traitements ?
Le froid, certaines techniques manuelles ou des médicaments peuvent parfois contribuer à soulager les symptômes. Leur intérêt dépend de la situation et, pour les médicaments, des indications et contre-indications.
Le soulagement ne signifie cependant pas que toutes les capacités sont revenues. Il doit s’intégrer à la préparation des activités que vous souhaitez retrouver.
Lorsque l’évolution reste insuffisante, il est utile de réexaminer le diagnostic, le programme et les sollicitations quotidiennes avant de multiplier les traitements.
Combien de temps faut-il pour récupérer ?
La récupération varie selon la localisation, l’ancienneté des symptômes et les contraintes à reprendre. Une douleur tendineuse persistante peut demander plusieurs mois de prise en charge.
Une amélioration peut apparaître avant que le tendon et les muscles soient prêts pour les efforts les plus exigeants. À l’inverse, une journée moins confortable ne signifie pas forcément que tout le travail est perdu.
La progression s’apprécie donc aussi par les capacités : marcher plus longtemps, porter une charge, effectuer davantage de répétitions ou reprendre progressivement les gestes sportifs.
Quand faut-il consulter rapidement ?
Une douleur brutale avec un claquement et une perte soudaine de force ou de fonction peut évoquer une rupture tendineuse. Elle nécessite une évaluation rapide : il ne faut pas commencer un programme de renforcement pour « voir si ça passe ».
Une zone très rouge, chaude et gonflée, surtout avec de la fièvre, justifie également un avis médical rapide. [4]
Une consultation est aussi utile lorsque la douleur persiste, revient régulièrement ou limite les activités malgré les adaptations.
Retrouver une activité adaptée à vos capacités
La question n’est pas seulement de savoir s’il faut se reposer. Elle est de déterminer quelles sollicitations réduire aujourd’hui et comment préparer celles de demain.
Au Centre Avenue Meurée, à Marcinelle, la prise en charge en kinésithérapie permet d’évaluer vos difficultés, de choisir des exercices adaptés et d’ajuster progressivement votre activité.
L’objectif est d’améliorer votre fonction et votre confiance dans le mouvement, avec une progression adaptée à votre évolution.
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Sources
1. de Vos RJ et al. — Dutch multidisciplinary guideline on Achilles tendinopathy. British Journal of Sports Medicine, 2021. Diagnostic, gestion des sollicitations, exercices et particularités des atteintes de l’insertion.
Consulter les recommandations
2. Chimenti RL et al. — Achilles Pain, Stiffness, and Muscle Power Deficits: Midportion Achilles Tendinopathy Revision – 2024. Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy. Recommandations spécifiques à la partie moyenne du tendon d’Achille.
Consulter sur PubMed
3. Pavlova AV et al. — Effect of resistance exercise dose components for tendinopathy management: a systematic review with meta-analysis. British Journal of Sports Medicine, 2023. Revue portant sur plusieurs localisations tendineuses ; les résultats ne définissent pas un programme unique applicable à tous.
Consulter sur PubMed
4. East Kent Hospitals NHS — Inflamed or swollen tendon: aftercare advice. Signes nécessitant une évaluation médicale rapide.
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